Info lettre du 1er octobre 2026

OnlyFans interdit en France ?
Ce que ça change au Canada

Vous vendez du contenu sur OnlyFans ou Mym, et une partie de vos abonnés vit en France ? Alors une question vous concerne directement : OnlyFans interdit en France, est-ce pour bientôt ? Depuis une semaine, les titres alarmistes se multiplient. Pourtant, la réalité est plus nuancée, et elle pourrait même vous ouvrir une porte.

Imaginez qu’une partie des créatrices françaises perde son gagne-pain du jour au lendemain. De leur côté, les abonnés belges, suisses ou québécois ne relèvent pas de cette loi. Ils chercheraient donc d’autres visages francophones. Voici ce que dit vraiment le texte, d’où il vient et ce qu’il changerait pour vous.

D’où vient cette mesure ?

Une loi née après #MeToo

Tout part d’une idée simple : traiter les violences sexuelles comme un tout, et non morceau par morceau. En octobre 2024, après le choc de l’affaire des viols de Mazan, plusieurs associations ont donc rédigé 140 recommandations. Elles s’inspiraient de l’Espagne, qui s’est dotée d’une loi globale de ce type dès 2004. Ensuite, un groupe de députés a transformé ces pistes en proposition de loi, déposée le 2 décembre 2025.

Plus de 150 députés de tous bords l’ont signée, selon l’avis du Conseil d’État rendu le 16 juillet 2026. Une version remaniée a ensuite pris le relais en août. La commission spéciale de l’Assemblée nationale l’a examinée du 21 au 23 septembre 2026. C’est là, le mardi 22 septembre, que les députés ont adopté l’article qui inquiète tant les créatrices.

Un vide juridique à combler

En fait, le droit français lie la prostitution à un contact physique. Concrètement, une créatrice qui se filme seule chez elle ne se prostitue pas. C’est vrai même si le client paie et dicte la scène.

Les juges l’ont rappelé en mai 2022, dans une décision de la Cour de cassation sur des sites de caming. Faute de contact physique, la Cour a refusé de parler de proxénétisme.

Autrement dit, pour punir ces échanges, il faut une loi nouvelle. D’ailleurs, une pétition citoyenne demandait déjà que MYM et OnlyFans deviennent interdits en France, dès septembre 2025. Le débat couvait donc depuis un an.

Le précédent suédois

La France ne part pas de zéro. En effet, la Suède punit depuis le 1er juillet 2025 l’achat d’actes sexuels réalisés à distance. Là-bas, payer une vidéo sur mesure ou un direct dirigé expose l’acheteur à des poursuites. Par contre, acheter un contenu déjà produit, sans le commander, reste permis, selon la Bibliothèque du Congrès américain.

Ce que dit vraiment l’article 25

Prenons un exemple simple. Aujourd’hui, un abonné français qui paie pour voir des photos ne commet aucune infraction. Demain, s’il commande une vidéo précise contre paiement, sa situation pourrait changer. Voilà tout l’enjeu de l’article 25 de la proposition de loi.

Qui serait puni ?

Le texte vise trois profils. D’abord, quiconque aide ou assiste la réalisation d’actes sexuels payés à distance deviendrait proxénète. Ensuite, il cible l’intermédiaire qui connaît la nature du service, ce qui peut inclure une plateforme. Enfin, l’acheteur risquerait une amende de cinquième classe, soit 1 500 euros au maximum.

Pour les aidants, les peines du proxénétisme s’appliqueraient : jusqu’à sept ans de prison et 150 000 euros d’amende. Ainsi, le texte pourrait viser un conjoint qui filme, une agence payée à la commission ou un « chatteur ». Une précision compte toutefois beaucoup : le texte ne sanctionne pas la créatrice elle-même.

Ce qui resterait permis

Avant le vote, la commission a toutefois resserré la rédaction. Désormais, le paiement doit constituer la contrepartie précise de l’acte et l’avoir déclenché. En clair, le texte cible surtout la vidéo personnalisée et le direct privé dicté par le client.

Pour un simple abonnement à du contenu déjà en ligne, la question reste ouverte. C’est ce que souligne l’analyse d’un cabinet d’avocats pénalistes parisien.

Interdiction : vrai ou faux ?

Alors, la France va-t-elle bloquer ces plateformes ? Pas vraiment. Aucune disposition ne rend OnlyFans interdit en France au sens strict, ni ne prévoit de couper l’accès à Mym. Cependant, en ciblant intermédiaires et acheteurs, le texte rendrait leur modèle très risqué sur le marché français.

Rien n’est joué non plus. La chaîne parlementaire LCP rappelle que la disposition n’a rien de définitif. Les députés en débattront de nouveau dans l’hémicycle à partir du jeudi 1er octobre. Ensuite, le Sénat aura son mot à dire, lui qui a voté en février un texte bien différent.

Ce texte sénatorial crée plutôt un délit d’exploitation sexuelle en ligne, qui vise les agents abusifs, rapporte Euronews. Il repose sur la contrainte et laisse de côté les échanges entre adultes consentants. De plus, le Conseil constitutionnel pourrait être saisi avant toute promulgation. Selon l’analyse juridique citée plus haut, le Conseil d’État doutait déjà de la proportionnalité d’une telle mesure.

Les créatrices face à l’incertitude

Pour celles qui vivent de ce travail, l’inquiétude est bien réelle. Selon 20 Minutes, un collectif de travailleuses du sexe en ligne juge l’article contre-productif. Ses porte-parole craignent un exode vers des plateformes beaucoup moins encadrées. D’autres redoutent même un retour vers le travail de rue, faute de choix.

La députée Sarah Legrain (LFI) a relayé ces craintes en commission. Selon elle, un échange derrière un écran reste plus sûr qu’une rencontre physique avec un client. À l’inverse, la co-rapporteure Isabelle Rauch (Horizons) voit l’achat en ligne comme une porte d’entrée vers le proxénétisme physique. Elle résume sa pensée d’une formule : « Le monde virtuel à l’heure actuelle, c’est la jungle ».

L’entourage en première ligne

Le risque ne pèse pas seulement sur les plateformes. En effet, beaucoup de créatrices travaillent avec un conjoint, une amie ou une agence. Or ces proches deviendraient les premiers exposés si le texte passe tel quel.

D’ailleurs, un rapport du Sénat cité par Euronews l’illustre bien. Environ 30 % des créateurs de contenu en France y passent par un agent.

Résultat : si l’article passe, plusieurs scénarios se dessinent. Certaines créatrices pourraient renoncer aux contenus sur mesure. D’autres pourraient migrer vers des services étrangers moins surveillés. Et une partie pourrait tout simplement cesser l’activité.

Le Canada, terre d’opportunité ?

C’est ici que la situation devient intéressante pour une créatrice québécoise. Imaginez un marché francophone où l’offre diminue, sans que tous les clients disparaissent. Mécaniquement, chaque créatrice restante capterait une plus grande part des abonnés. Reste à savoir si ce scénario tient vraiment la route.

Moins d’offre, même demande ?

La réponse dépend de l’endroit où vit le client. En France, l’acheteur de contenu sur mesure serait lui-même en infraction. Rien dans le texte ne l’épargne parce que la créatrice vit à l’étranger. Autrement dit, la demande française pour les vidéos personnalisées baisserait probablement aussi.

En revanche, le raisonnement tient mieux ailleurs. Les abonnés de Belgique, de Suisse, du Québec ou d’Afrique francophone ne relèvent pas de la loi française. De plus, les abonnements classiques à des contenus déjà publiés pourraient échapper au texte. Sur ces segments, une créatrice d’ici pourrait gagner en visibilité si l’offre française recule.

Attention toutefois aux promesses chiffrées. À ce jour, aucune donnée publique fiable ne mesure le nombre de créatrices françaises ni leur clientèle hors de France. Toute estimation de gain relèverait donc de la spéculation. Mieux vaut y voir une tendance à surveiller qu’un eldorado garanti.

Le Canada, pas un paradis

Autre point souvent oublié : le Canada applique lui aussi un modèle qui punit l’acheteur. Depuis 2014, l’article 286.1 du Code criminel interdit d’obtenir des services sexuels moyennant rétribution.

Or le ministère fédéral de la Justice va plus loin dans sa lecture du texte. Sa foire aux questions précise que l’infraction vise aussi Internet. Elle cite l’exemple d’un service sexuel payé devant une webcam.

Concrètement, vendre son propre contenu reste légal au Canada, puisque la loi ne punit pas la vente. Cependant, un client canadien qui commande un spectacle personnalisé pourrait, selon cette lecture, se retrouver en zone grise. Le Code criminel ne définit pas non plus précisément la notion de service sexuel. La prudence s’impose donc avant de présenter le Canada comme un refuge.

Comment se positionner

Pour une créatrice québécoise, la stratégie la plus solide repose sur ce qui reste clairement permis. Par exemple, elle peut miser sur les abonnements et les contenus déjà produits, plutôt que sur le sur-mesure. Elle peut aussi soigner sa présence auprès du public francophone hors de France. Enfin, elle doit déclarer ses revenus, qui restent imposables comme tout travail autonome.

Un avis juridique personnalisé reste la meilleure protection, surtout pour celles qui travaillent avec une agence. En effet, le Code criminel canadien vise aussi quiconque tire un avantage matériel de services sexuels achetés. Une agence québécoise qui gère des contenus sur mesure aurait donc intérêt à vérifier ses pratiques. Ce conseil vaut d’ailleurs des deux côtés de l’Atlantique.

La suite du débat

Tout se jouera dans les prochaines semaines. D’abord à l’Assemblée nationale, où le débat s’ouvre ce jeudi 1er octobre. Puis au Sénat, qui défend une approche plus ciblée, et peut-être devant le Conseil constitutionnel. Surtout, aucune règle nouvelle ne s’appliquera aux faits antérieurs à son entrée en vigueur.

Pour vous, le bon réflexe consiste à suivre le vote sans céder à la panique. OnlyFans interdit en France ? Pas aujourd’hui, car le texte ne prévoit aucun blocage.

En revanche, le marché francophone pourrait bel et bien se redessiner. Et les créatrices bien informées seront les premières à s’adapter.

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